L’ÉCRITOIRE – INDISCRÉTIONS
Catherine Gaillard-Sarron
Le choix de l’autoédition
Propos recueillis par Francis Antoine Niquille pour L’écritoire n° 2 – Rubrique Indiscrétions juin 2022
L’écritoire n° 2
Elles et ils sont de plus en plus à créer leur propre structure éditoriale (Joël Dicker l’a fait). L’écritoire donne la parole aujourd’hui à une autrice vaudoise qui a choisi de se passer d’un éditeur ou d’un diffuseur distributeur pour ses ouvrages. Avec franchise, elle nous décrit sa passion.
Quelle fut ta motivation à créer ta propre structure éditoriale sans passer par une maison d’édition traditionnelle ?
Je suis d’abord « passée » par une maison d’édition traditionnelle. En effet, j’ai publié deux recueils de nouvelles dans une maison d’édition romande en 2009 et 2010 respectivement intitulés Un fauteuil pour trois et Des taureaux et des femmes. Et j’étais très fière d’y être parvenue car c’est un défi et un objectif pour un auteur que de voir publier son travail à compte d’éditeur.
Malheureusement, la suite a été moins heureuse. La course aux subsides de l’éditeur pour réaliser mon 3e livre et les délais extrêmement longs pour espérer le voir publier m’ont découragée. Au bout de quatre ans d’attente et de promesses non tenues, j’ai compris que les choses n’avanceraient que lentement, voire plus du tout. Si je voulais que mes manuscrits voient le jour de mon vivant, je devais les publier moi-même.
Par ailleurs, la modicité des droits d’auteur perçus, le manque de suivi des auteurs, l’absence de promotion des ouvrages ont également pesé dans ma décision de m’affranchir du système. J’ai donc renoncé à chercher un éditeur et je me suis mise au travail en devenant autoéditrice.
À ce jour, j’ai publié une trentaine d’ouvrages que je réalise de A à Z, hormis l’impression que je confie à un imprimeur.
Est-ce peut-être le fait d’avoir eu des manuscrits refusés qui t’a incitée à devenir le propre éditeur de tes livres ?
Comme dit précédemment, j’ai été publiée par deux fois dans une maison d’édition traditionnelle. Il est vrai, cependant, que même si je m’autoédite, j’ai parfois retenté ma chance auprès de quelques éditeurs avec certains ouvrages qui me tenaient à cœur, mon premier roman Allons voir si la rose par exemple. Mais sans succès. Naturellement, les refus systématiques, en dépit d’avis circonstanciés favorables, m’ont confortée dans ma décision de m’autoéditer. Et ce d’autant plus lorsqu’un éditeur vous répond poliment « que la philosophie de la maison rend délicate la collaboration avec tout auteur ayant recours à la pratique de l’autoédition. »
Je pensais naïvement qu’il était moins risqué et plus intéressant pour un éditeur de publier un auteur qui avait déjà fait ses preuves plutôt qu’un autre totalement inconnu. Apparemment, n’arpente pas le trottoir de l’édition qui veut. C’est une chasse bien gardée que les éditeurs ne semblent pas vouloir partager. Pour être accepté par le « milieu » littéraire, un auteur doit être « soutenu » par un Éditeur reconnu. Difficile, donc, pour un auteur autoédité, d’exister en dehors de cette règle.
Ainsi, les refus successifs, les délais de réponses interminables, les frais occasionnés par la confection et l’envoi de manuscrits, la modicité des droits d’auteur lorsque vous êtes publié à compte d’éditeur, l’absence de promotion des ouvrages et l’ostracisme de certains éditeurs envers l’autoédition ont été autant de motifs qui m’ont poussée à devenir ma propre éditrice. J’ai mis fin à une quête onéreuse, chronophage et aléatoire qui me faisait perdre un temps précieux que j’ai investi dans l’autoédition de mes propres livres.
Cette liberté, cette souplesse et cette indépendance sont pour moi des avantages déterminants.